Femme au sexe de pain, où se pétrit le genre humain...

Elle a besoin de dire ce mal être qui lui colle à la peau, suinte l’angoisse, interpelle la saison imperturbable.
Il lui faut livrer ces moments qui tremblent, se dérobent, dénoncent les nuisances d’un handicap lourd à porter.
Elle n’avance qu’avec des semelles de plomb, alors que dans le vase se fane la plus belle des fleurs.
Devant le miroir, elle traque un reflet étrange, presque impudique, qui ressemble à un refus.
Elle cogne de sa rage l’espace crevé, le tassement de l’ombre.
Sur l’étranglement du couloir le sol s’étire jusqu’au vertige. Elle recule contre l’immobilité du mur.
Elle ne sait plus comment continuer avec tout ce bazar dans ses bagages.
Son attente se fissure, ses gestes se répètent et l’avenir s’abîme.
Que faire de ce passé qui exige une revanche !
Le froid de la nuit traque l’aube blanche. Elle voudrait tant pouvoir dormir dans l’équerre des bras.
Il y a cette dureté d’un monde qui marchande même les rêves, cette inquiétude qui rôde sur des pensées mortifères.
L’espérance s’éloigne, n’enlace que du vide.
La révolte, le dégoût, remontent en vomissures, face à l’outrage resté impuni, qui a détruit le plus intime.
Elle voudrait inventer des pansements, contrôler l’émotion, consolider le présent, et ne plus fuir.
Malgré des avancées, persiste ce sentiment d’avoir échoué, cette crainte de décevoir ceux qui n’ont jamais lâché sa main. Surtout ne pas oublier, pour que s’apprivoise l’instant.
Sous sa peau tendue, trop de chair froissée, trop de creux et de bosses. Sur les heures muettes, la blessure s’accentue, obsédante et tyrannique.
Comme au théâtre, apprendre à régler la mise en scène, puis écarter le rideau, assumer les défis. De chaque réplique, saisir la promesse, mais du sable s’échappe de son poing serré.
Sa mémoire prise en otage, se cercle de barbelés. Des images reviennent lui planter des échardes en plein cœur.
Son sexe, sa fleur de sang, n’était pourtant que douceur et offrande.
Sans cesse à vif, elle part en vrille, tandis qu’agonise incertaine, la clarté du jour, sur l’innocence aux yeux clos.
Parvenir à détricoter, maille après maille, la courbure de l’heure. C’est si compliqué tous ces nœuds !
La douleur s’arc-boute, se plante à l’envers, captive d’une geôle invisible.
Trouver le moyen de la peindre, de l’effacer lentement, sans l’effrayer ni l’offenser. La pétrir d’argile et d’os.
Il reste peut-être une clé qui ouvrira la porte, pour saisir l’essentiel d’un ciel délavé de pluie.
Le vent en liberté gomme la différence, emporte le souffle des mots, livre une bataille contre la fixité du regard, le silence de la ville qui se tait.
S’arrêter pour se reconnaître, toucher la terre, et cette eau vive du ruisseau qui miroite une image filant entre les doigts.
Découvrir que sur le talus aride, se balancent écarlates, deux coquelicots.

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